Explorons la montagne… à la maison !

Dimanche passé nous avons inauguré une randonnée d’un type nouveau, la randonnée virtuelle. Celle-ci nous a amené à analyser un paysage typique des Haute Pyrénées: une vue sur la vallée de la Gave de Pau depuis le village d’Arras-en-Lavendan dans le Val d’Azun.

Nous avons commencé notre périple par un voyage dans un passé très lointain. Même si la surrection des Pyrénées est assez récente et contemporaine à celle des Alpes (environ 40 millions d’années), les roches qui composent notre paysage sont de vieux grès et pélites bien plus anciennes qui datent du Dévonien d’il y a près de 400 millions d’années qui façonnent encore aujourd’hui ces belles pentes débonnaires du massif de la petite station de ski d’Hautacam.

En réalité tout ne s’est pas arrêté il y a des millions d’années. Non! Devant nous il y a aussi une bataille terrible qui c’est déroulée hier, il y a moins de 70.000 ans. Cette bataille a laissé des traces remarquables, à savoir les deux magnifiques vallées en U devant nous. Vallée en U? Oui donc vallée glaciaires. Et pas n’importe quels glaciers; les glaciers du Balaïtous et de la Gave de Pau qui ont participé à façonner Gavarnie et ses environs! Rien de moins. Le Balaïtous ne vous dit peut être rien, mais il est important ici! C’est un sommet majestueux avec ses granites et surtout c’est le premier 3000m des Pyrénées en venant de l’océan. Tout un programme. Son glacier au lieu de la photo faisait 400m d’épaisseur! Il était tellement gros et lourd qu’il a aménagé la petite vallée pour en faire la majestueuse qui se trouve devant nous. Pendant ce temps le glacier de la Gave de Pau, qui s’écoulait de la droite vers la gauche sur la photo faisait lui 800m d’épaisseur, Imaginez la vue à cette époque…

400m? 800m? N’aurais-je pas un goût prononcé pour l’exagération? Figurez-vous que non! Un glacier, c’est de l’eau et donc c’est très fort! Ca coule et ça érode et casse tout et ça se débarrasse de ses déchets en cours de route pour former les fameuse moraines. C’est grâce à cela que nous savons que ces glaciers étaient si grands, sur 400m à 800m de dénivelé (soit de 400m à 1200m d’altitude) on trouve en effet des déchets: des rochers de granite arrondis qui viennent du Balaïtous situé bien loin derrière nous! Il y a tellement de ces déchets que les locaux les utilisent pour faire des murs le long de toutes les routes!

Mais ce glacier à fait bien plus que nous laisser des grosses pierres rondes! Il a aussi creusé le sol et laisse place à une belle colline. Cette colline est ce qu’on appelle un verrou glaciaire qui est constitué de roches plus dures que ce qui l’entourait. Le glacier à donc creusé un petit lit autour et aujourd’hui nous avons une colline. Cette colline est placée idéalement à la confluence des deux vallées. Ces vallées étant larges et bien sculptées, rapidement les Hommes les ont empruntées pour aller d’est en ouest et du nord au sud. Belle endroit pour y construire un chateau et s’assurer fortune et pouvoir! Le chateau d’Arcizan-Avant, dit le Château du Prince Noir, même si ce brave guerrier de la Guerre de Cent ans n’y est jamais allé, est construit autour d’un donjon féodal du XIVe siècle, lui-même bâtit sur les terres d’un petit seigneur du XIe siècle. Et oui ces glaciers ont offert le pouvoir et la victoire il y a déjà bien des siècles.

Mais attention, le travail de ces géants est toujours utile aujourd’hui. Face à nous, toutes ces belles bâtisses modernes du village trônent fièrement parce que les belles et larges vallées façonnées il y a 70.000 ans rendent facile la circulation vers les grandes villes de Lourdes et Tarbes où leurs habitants peuvent travailler et avec qui ils peuvent faire du commerce. Comme quoi un simple petit bout de glace peut faire bien des choses!

Et si nous regardions derrière nous pour voir l’étendue de la sculpture? Quand je vous dit que ce glaçon était gros, je ne vous ment pas! Et ces vallées ne nous ont pas encore tout dit, bien au contraire. Au fond à droite se trouve le col de Soulor, grand habitué du Tour de France.

Et sur la gauche le petit village de Sireix, perché sur sa colline garde jalousement l’entrée d’un secret bien gardé: le lac d’Estaing, invitant à la détente.

Mais ne nous égarons pas et revenons à notre vue initiale. Et oui, comme souvent en montagne il y a des lignes à haute tension pour acheminer l’électricité produite par les centrales hydro-électriques vers les villes.

Mais en fait, comment se fait-il qu’on voit des lacs et des barrages partout lors de nos randonnées, mais jamais de centrales? Cela vient du fait que lorsque l’eau de nos montagnes a été domptée au début du siècle passé, nos ancêtres ont creusé d’innombrables galleries pour faire descendre l’eau dans les fonds de vallées. Comme ça, il était possible de construire de grandes centrales hydroélectriques profitant d’un débit d’eau très élevé. Figurez-vous que la centrale hydroélectrique de Pragnères qui alimente cette ligne à haute tension est alimenté par 4 barrages, 40km de galleries et 30 prises d’eau. Tout cela construit il y a 80 ans. Un des barrages, le barrage d’Ossoue récupère l’eau de la fonte du glacier du Vignemale, le point culminant des Pyrénées française avec ses 3.298m, et l’achemine par une galerie qui ne fait pas moins de 12.6km. Mais n’espérez pas trop la voir quand vous vous baladez dans le coin, elle est cachée sous les montagnes.

Ah oui, en fait, je ne le vous l’ai pas dit mais droit devant nous, nous apercevons la montagne la plus célèbre des Pyrénées. Regardez mieux. Oui, c’est bien le Pic du Midi de Bigorre! Cette montagne n’est pas si haute que ça, seulement 2876m, mais elle domine le Piémont Pyrénéen ce qui fait que dès le XVIIe siècle, les Hommes l’on conquise pour d’abord y faire des observations astronomiques avec un premier observatoire installé au début des années 1870. Vu la situation exceptionnelle des lieux, ce belvédère sur la France a reçu une première antenne de radio diffusion en 1926 et un émetteur de TV de 1957. Finalement vu l’importance que la télévision a prise, une antenne gigantesque de 102m a été installée tout là-haut en 1963 qui permet de ne couvrir pas moins que 1/7 du territoire. On comprend pourquoi cette montagne est si célèbre.

Voilà, notre balade est terminée, espérons bientôt nous retrouver en air et en roches! Qui sait, peut-être dans ces belles Pyrénées! Saviez-vous que la boulangerie championne du monde des chocolatine (le nom local des pains aux chocolats) se trouve à 100m d’où nous avons commencé la randonnée? Cette vallée est vraiment exceptionnelle!

A bientôt Damien Saucez