Samedi 1er décembre 2018 – Le tour des Rocchaudes

Y’a pas que l’jaune dans la vie !

Il y a aussi le blanc qui s’épand mollement dans les fonds de vallée en grosses taches pataudes semblables à des ballots d’ouate effilochée qu’on aurait posés là, comme on aurait posé un couvercle sur la froidure matutinale des derniers jours d’automne…

Il y a aussi le vert qui se promène partout, depuis le cours de l’eau affalée dans son lit de calcaire usé par les caresses jusques aux voluptueuses pinées qui dissimulent les versants de nos montagnes assoupies sous leur feuillage persévérant en passant par les troncs moussus des vieux chênes hâbleurs que moquent les saisons…

Il y aussi le rouge qui embellit les lèvres généreuses des baies de cynorhodon et les fesses rebondies des petites pommes sauvages que la gravité universelle a convoquées à terre, au milieu des cailloux placides, des herbes insolentes et des feuilles caduques qui n’en finissent plus d’être belles malgré la sénescence…

Il y a encore le bleu saillant des immenses ciels d’automne et celui des prunelles pulpeuses lesquelles ne sont rien moins que les beaux fruits des yeux de notre mère à tous, généreuse et prodigue, qui nous comble encore et toujours de ses bienfaits consolateurs en dépit de tout le mal que nous lui faisons…

Il y a enfin toutes les teintes subtiles qui font de la nuance le plus précieux des trésors, le plus riche des patrimoine et la plus intarissable des ressources…

 

 

 

 

Circuit de Bonvillars – 24 Novembre 2018

La cime de Bonvillars n’est pas très connue, et pour cause il n’y a pas de chemin officiel qui mène à son sommet. Il n’en fallait pas plus pour exciter notre curiosité de randonneur explorateur. Résultat des courses : un circuit aux ambiances variées et sauvages, avec du dénivelé, de la distance et des passages techniques.

Après les fortes précipitations nocturnes, le doute aurait pu l’emporter, mais les prévisions météo allant toutes dans le même sens, ça valait vraiment le coup de le tenter. La montée se fait bien jusqu’au col Saint Pierre, et lorsqu’on découvre ce petit coin de paradis, on reste coi. C’est propre, c’est tranquille, c’est accueillant, c’est retapé, c’est beau.

Ensuite, il faut poursuivre vers le sommet et ça se corse un peu. C’est vrai, qu’il est bon d’être en forme et de connaitre l’itinéraire pour en profiter pleinement. Et bin ce qui devait arriver arriva : tout le monde s’est retrouvé au sommet sans avoir l’impression de forcer. Presque à dire que c’était trop facile, et qu’on en voulait plus.

Mais en attendant, le moment est aux congratulations, admiration, photos, salades, discussions, sandwichs, plaisanteries, boissons, re-photos, chocolats, re-plaisanterie et puis… sieste… un bon moment …

Allons-y ! Car c’est pas le tout ! Maintenant faut traverser et puis redescendre. Et c’est là que l’entrainement paye et que les bâtons servent. Quand sur la digestion on se relâche un peu, puis que le soleil baisse, et que les genoux commencent à grincer, que les pas s’accumulent, que le soleil disparait, que le sac commence à peser, et que les poses ne servent plus à rien. Alors, il est temps d’arriver.

Finalement, tout le monde à son compte : c’est une vraie sportive et de qualité en plus. La prochaine fois, on cours à la descente pour profiter de la bière à l’arrivée.

A bientôt Jean

Dimanche 18 novembre – Paillon – Peillon et la Lourquière

Pour cette rando connue sous le nom de « circuit de Peille à Peillon », déjà pratiquée en mode sportif avec Altiplus (le 23/12/2017), j’ai modulé l’itinéraire pour rentrer dans les clous.

Finalement, bien qu’on atteigne le sommet au bout d’une heure, qu’on fasse toute la descente avant la pause pique-nique, et qu’on soit obligé de remonter en pleine digestion : nous nous sommes régalés.

Pour commencer, malgré une organisation de rendez-vous et de covoiturage pas simple à mettre en place, tout le monde s’est retrouvé. Et nous avons pu rejoindre le parking sans gêne et sans déboire.

Tout au long du chemin, nous avons discuté d’E.F.H, de Peille, des Ligures, du Mont Agel, de la chapelle St Martin, des vieux chemins, de Peillon, des oliviers, des ravins, des balais de sorcière, des restanques… Enfin nous ne nous sommes pas ennuyés au milieu de cet environnement à la fois sauvage et historique, baigné d’une lumière enivrante.

La pause médiane sur la place de la Gléia (en haut du village) est vraiment un must. Rien que pour ça, heureusement qu’on ne peut pas se garer au village.

Après cette période pluvieuse, ce jour c’était vraiment une piqure de ciel bleu, de sensations et de découvertes. Il fallait être là !

A bientôt, Jean

Samedi 17 novembre 2018 – Le Mont Vial

Il aurait fallu un peu plus que 282 000 gilets jaunes pour nous empêcher d’aller en montagne ce 17 novembre. De gilets jaunes, donc, nous ne vîmes point et en fûmes bien aise. Mais ce que nous ignorions par contre, c’est qu’en nous engageant sur le tour du Mont Vial nous allions bientôt nous trouver au beau milieu du terrain de jeu de quelques dizaines de gilets oranges…

Une demie-heure à peine après que nous fûmes partis, quelque coups de feu opportunément gaspillés nous prévinrent que nous allions devoir nous tenir sur nos gardes si nous ne voulions pas être pris pour cible comme de vulgaires VéTéTistes.

Il allait nous falloir ruser pour passer entre les projectiles de ces versatiles gilets fluos d’une autre couleur que le bleu du ciel, le vert des bois, le rouge des sanguins ou le jaune des phacochères, enfin je veux dire des fachofachés (ou inversement).

Mais la perspective de se voir gratifier d’une part de gâteau fait maison supplémentaire au moment du pique-nique suffisant à exciter l’héroïsme de tout bon accompagnateur qui se respecte (et qui, de ce fait, respecte son estomac), notre guide fit preuve alors d’une bravoure et d’une audace hors du commun…

D’abord, il laissa tout le monde passer devant lui car rien n’est plus affligeant que de mourir d’une balle dans le dos. Ensuite, il se tint coi en chantant dans sa tête la fameuse chanson de Georges Brassens (Qu’il avait donc du courage, tous devant, tous devan, an, ant, tous devant et lui… derrière). Il était en effet persuadé que lorsqu’il ne sait pas quoi, le gilet orange tire. Car le gilet orange a horreur de ne pas savoir. Savoir quoi ? Est-ce que je sais moi ? Et il était près à recevoir la première balle. Lorsque les coups de feu commencèrent de retentir à l’arrière de notre troupe intrépide, notre valeureux guide passa devant, conscient de la nécessité de montrer l’exemple, et se mit à courir. C’était l’attitude la plus appropriée. La balle d’un gilet orange est pareille à la flèche de Zénon. Elle est toujours immobile. En effet; comme l’a prouvé cet ingénieux philosophe de l’antiquité, un objet volant (qu’il soit ou non identifié) est à chaque instant V immobile. Le temps étant une succession d’instants, un instant T va suivre l’instant V qui le précède. Au cours de cet instant T, la flèche sera aussi immobile qu’au cours de l’instant V. Rajoutez maintenant à cette suite d’instants, un instant identique aux deux précédents (appelons-le T mais nous aurions tout aussi bien l’appeler V, vous me suivez ?). Cela donne la succession d’instants suivante : VTT. Or si le VTT était immobile, le chasseur ne pouvait pas le rater…

C’est pourquoi nous courûmes ! Bien nous en prit car 282 000 balles immobiles nous cernaient de toutes parts, prétendant bien nous empêcher de passer, nous qui ne faisions que passer justement. Et nous passâmes, car nos âmes n’étaient pas encore destinées à passer sur l’autre rive.

Sur l’autre rive certainement pas, mais sur l’autre versant oui. Sains et saufs nous étions. Et tout cela grâce à la sagacité et la gourmandise de notre guide.

– Alors ? me direz-vous.

– Eh bien, rien ! Nada ! Des nèfles ! vous répondrai-je.

– Comment, de récompense il n’y eut point ? vous étonnerez-vous ?

– Hélas ! 282 000 fois hélas, pas le moindre gâteau ne sortit des sacs de cette troupe ingrate. J’ai failli mourir pour… rien.