Dimanche 22 avril 2018 – De Torri à Collabassa

Vous auriez vu ce soleil ! Il nous toisait de haut, son regard implacable fiché au fond de son orbite sur sa face d’astre du jour imbuvable et narquois, et semblait se délecter du poids qu’il ajoutait ainsi sur nos frêles épaules. Mais quoi ! Ne sommes- nous pas les guerriers de la sente improbable ? Nous étions équipés de tout notre attirail : chapeau, lunettes, crème solaire, eau en abondance et envie d’en découdre…

La lutte fut homérique. Mille fois, entre deux bosquets d’arbres pusillanimes, il nous assaillit de ses rayons ardents qu’il décochait tels des flèches acérées à la pointe enflammée sur toutes les parties de notre anatomie exposées à ses brûlantes piques sans se soucier seulement du désordre cosmique qu’un tel combat ne manquerait pas de provoquer là-haut, au royaume des astres, où le vide le dispute à l’ennui de toute éternité.

La lutte promettait d’en laisser quelques-unes sur le carreau. Des épaules imprudemment découvertes, des têtes non chapeautées, des chats bottés sans tête, des mollets saillant entre la tige de la chaussure et l’ourlet du bermuda et quelques gourdes à la contenance encombrée de modestie constituaient d’incontestables failles dans notre système de défense.

Il fallait que nous prissions des mesures radicales. L’idée nous vint de sacrifier les plus faibles d’entre nous. De les offrir en holocauste à notre ennemi grandiose et impitoyable. Mais notre guide en ce chemin avait d’autres desseins. Sur ces collines où résonnaient autrefois les chants des semailles et des récoltes maintes fois dans l’année se trouvaient nos alliés les plus redoutables. Certains avaient vu le soleil se déhancher lentement d’un horizon malhabile vers un zénith triomphant plus de 500 fois ! Ils connaissaient ses ruses. Ils avaient médité les leurs. Et le soleil avait renoncé à les soumettre à sa loi. Sous leur ombre multiséculaire, nous trouvâmes un abri. Et nous reprîmes des forces. Dans un champ d’oliviers…

La lutte fut rude et sans doute sans pareille dans l’histoire de ce petit coin du monde épargné par les ors funestes de la modernité. Mais nous fûmes vainqueurs. Et comme disait Desproges, qui était un soleil à nul autre pareil : vingt cœurs, ça n’est pas rien…

 

 

Dimanche 8 avril – Esterel le cap roux

Il faut dire que ça partait mal, j’était même en train de me demander vendredi soir si la randonnée se ferait tellement on était pas nombreux (7) et surtout parce que pas de conducteur disponible pour les 5 personnes de Nice. En réalité, un problème informatique (maintenant résolu, ouf) m’avait perd plus d’une douzaine de mail d’inscription dont je n’ai jamais eu connaissance… Résultat 15 inscriptions dans la journée de samedi et un convoi de 5 voitures quasi pleines ce dimanche sur la route du littoral de l’Estérel.

Sorti des voitures nous comprîmes que le vent serait de la partie toute la randonnée. Le ciel, lui, était de nature surréaliste à la fois couvert et lumineux. La mer démontée en arrière plan, nous voilà parti à la conquête du massif. Plus on montait en altitude, plus le vent s’accélérait, plus cela rendait désirable ces petits passages dans les massifs de haute bruyères et chênes liège qui nous abritaient temporairement du vent violent. Dans cette partie plus au sud de l’estérel, près de saint Raphael on ne trouve pas de mimosas. Dans ce maquis, comparable au maquis corse, il pullule néanmoins plus au Nord au Pic de L’ours et dans le Tanneron. Dans ce fatras de « caillouterie » qu’est l’Estérel (étymologiquement la roche, le rocher), seules des espèces méditerranéennes, économes en eau s’acclimatent.La Période favorise l’apparition des multiples bosquets de lavandes toupet ainsi que les asphodèles à bulbe répartis un peu partout.

Nous sommes au cœur du territoire Natura 2000 de L’Estérel qui tente conserver les aires protégées et la biodiversité. Le vent se fait plus violent et de grosses rafales déstabilisent le pas de quelques frêles participantes. La randonnée est plaisante car l’ascension se fait très progressivement et le groupe de 22 que nous sommes ne croiseront quasiment personne jusqu’au col du cap roux. On opère une sorte de traversée des balcons du Cap roux. La vue sur la mer est grandiose. Au sommet du Pic du cap roux, l’autre versant laisse découvrir toute la partie de l’Estérel au Nord. A l’est Saint Raphael, Fréjus, le rocher de Roquebrune et la Cap Dramont juste à nos pieds. Ici, il faut toujours imaginer que la montagne continue sous la mer. Que les rieliefs sous marins sont dans la continuité de ce qui est visible. Tout comme sa petite soeur corse de Piana de laquelle elle a été séparée il y a 40 Millions d’année.

Après 5 heures de marche sur cette rhyolite (nom de la roche rouge de l’Estérel/ Piana faisant étonnamment de la famille du granit) qui roule sous le pied et d’oxygénation forcée, nous voila bien fatigués. Après une descente également bien douce et un chocolat chaud/ bière à la marine de Miramar achève le programme de cette belle journée ensemble.

Samedi 7 avril 2018 – Vallon et Lac de Cerise – Raquettes : la der des ders…

Une fois n’est pas coutume : soyons sérieux. Il y avait ce jour-là un soleil à décourager un flocon de neige de ressembler à autre chose qu’à de l’eau. Il faisait grand, il faisait beau et nous sentions le sable chaud. Celui qui s’est trouvé, la semaine dernière, transporté depuis le Sahara par un Sirocco sournois, aux mœurs dissolues, qui s’est tapé une bonne dépression en arrivant sur le golfe de Gênes. Enfin, façon de parler…

Une fois n’est pas coutume : soyons didactique. Un jour, un flocon de neige rencontra un grain de sable. De leurs ébats funestes naquit une étrange mixture. Pareille à la vapeur noire dont les martiens de La Guerre des Monde se servirent pour anéantir les environs de Londres, elle se répandit sournoisement sur les montagnes des Alpes Maritimes et ces dernières n’eurent alors plus rien d’immaculé. Poil au nez.

Une fois n’est pas coutume : soyons visionnaire. Si tous les flocons de neige fricotent demain avec des grains de sable, le Front National a de beaux jours devant lui. En conséquence de quoi, je propose que l’on réaffecte tous les serviteurs de l’état en uniforme et munis des jolies mitraillettes (en guise de bouquet de fleurs pour accueillir les touristes curieux de savoir à quoi ça ressemble un pays où l’on ne se prend pas des bombes sur la gueule au petit déjeuner, au moment du casse-croûte, à l’heure du goûter, au dîner et le reste du temps) à la surveillance des frontières atmosphériques avec ordre de tirer sans sommation sur le moindre grain de sable qui s’aviserait de vouloir venir jusque dans nos montagnes égorger nos flocons et leurs compagnes (il manquait une rime à Rouget De Lisle vous ne trouviez pas ?).

Une fois n’est pas coutume : soyons réaliste. Ceux qui ont manqué l’ascension dans le vallon de Cerise ce dimanche 7 avril 2018 n’ont plus que leurs yeux pour pleurer. Et pour regarder les photos de leurs petits camarades aux fesses mouillées…